Skip to content Skip to footer

Claudine Regulski : « Une alimentation saine, locale et de qualité ? un droit fondamental pour tous ! »

Claudine Regulski est Villeneuvoise depuis 39 ans et réside à Flers. Cette éducatrice spécialisée, aujourd’hui à la retraite, est restée très engagée aux côtés des populations en difficulté et œuvre toujours comme bénévole dans plusieurs associations. Son autre cheval de bataille est le droit de tous à une alimentation saine et vendue dans des conditions respectueuses des paysans et des producteurs. Elle mange bio depuis 20 ans, boycotte la grande distribution avec énergie, milite parfois aux côtés de la confédération paysanne. Nous l’avons rencontrée pour évoquer, entre autres, son action au sein de l’AMAP [1] de Villeneuve d’Ascq. 

Ressentez-vous l'impact des politiques agricoles et alimentaires de la ville sur votre engagement au sein de l’AMAP ? Etes-vous soutenus et si oui, de quelle manière ?

Claudine Regulski : L’AMAP de Villeneuve d’Ascq est un projet né en 2010. J’ai participé activement à sa création. A l’époque, j’étais membre de l’AMAP Lomme de Terre et le projet d’une AMAP de Villeneuve d’Ascq répondait aux attentes de nombreuses familles. Rapidement, nous nous sommes heurtés à une première difficulté : trouver un maraîcher en bio. Il n’y avait pas d’agriculteurs bio à Villeneuve d’Ascq et environs, personne ne voulait se convertir et se lancer dans l’aventure. Nous avions trouvé un porteur de projet qui souhaitait s’installer.  Pour trouver des terres nous avons sollicité le maire en juillet 2011, qui avait pris l’engagement de faire avancer les choses auprès de la Métropole notamment (propriétaire de terres).

Depuis… nous attendons toujours ! En attendant de pouvoir se fournir plus près d’ici, on a trouvé un maraîcher à 40 kilomètres. Et depuis 2015, on a trouvé un jeune paysan en reconversion professionnelle, qui souhaiterait installer son activité à Villeneuve d’Ascq ou dans une commune proche. Malheureusement il ne trouve pas de terres, et ne fait que passer d’un terrain temporaire à un autre. Nous avons interpellé la ville, la MEL… sans succès. Pourtant, des terres, il y en a à Villeneuve d’Ascq. Et beaucoup d’entre elles sont sous-louées à des agriculteurs belges. Ils font pousser des pommes de terre et déversent des produits pourtant interdits en France.

Vous l’aurez compris : non, on ne se sent pas soutenus du tout ! Depuis 2011 nous en sommes toujours au stade des promesses. L’AMAP de  Villeneuve d’Ascq, ce sont tout de même 82 familles… et ce problème de terres fait que l’on manque de paniers pour servir tout le monde. Un point positif tout de même, que je tiens à souligner : depuis septembre 2019, nous avons signé une convention avec la mairie pour faire nos distributions à la Ferme d’en Haut… 

Le maire de Villeneuve d’Ascq a adopté, il y a quelques mois, un arrêté municipal interdisant l’usage des pesticides sur le territoire de la commune. L’affaire avait fait grand bruit. Et vous, qu’en avez-vous pensé ?

Claudine Regulski : J’en pense… que c’est une très bonne chose pour les espaces verts municipaux comme partout en France puisque cette règle relève de la loi maintenant. Mais pour vraiment avoir un impact, il faudrait que cet arrêté soit également appliqué sur les terres agricoles. Le gros du problème, il est quand même là ! J’ai tenté beaucoup de choses, j’ai aussi dénoncé la situation dans des réunions publiques à la MEL, mais rien n’a bougé. Je me souviens d’un agriculteur villeneuvois rencontré à l’une de ces réunions, qui m’a déclaré que j’avais raison et qu’il était le seul à ne pas sous-louer à des belges. Le seul à Villeneuve d’Ascq !

D’après vous, que pourrait-on faire de plus, de mieux ? Que pourrait-on mettre en œuvre pour, d’une part, mieux accompagner les agriculteurs villeneuvois et d’autre part, faire la promotion d’une alimentation qualitative, durable et respectueuse de l’environnement ?

Claudine Regulski : D’abord, je pense que la ville doit favoriser l’accès de ses habitants à une alimentation saine et de qualité. Ça devrait être un droit fondamental pour tous, et une priorité en matière de politiques publiques. Les conséquences des pesticides sont connues de tous aujourd’hui : maladies neurologiques, perturbateurs endocriniens… C’est un problème de santé publique majeur, et la ville pourrait se montrer exemplaire là-dessus, notamment dans sa gestion de la restauration collective, avec un passage au bio, au local etc.

Pour y parvenir, il y aussi un travail d’éducation à mener… beaucoup de gens devraient s’ôter de l’esprit l’idée qu’en matière d’alimentation, il faut toujours trouver moins cher. D’abord, parce qu’il est essentiel de permettre aux paysans et producteurs qui travaillent de pouvoir vivre dignement ! Par ailleurs, se nourrir avec des produits de bonne qualité, pour être en bonne santé devrait être une priorité dans la vie. Pour contribuer à ça, la ville pourrait favoriser l’implantation de structures de proximité adaptées, de marchés bios aux horaires compatibles avec la vie active… Il y a déjà des petits commerces qui fonctionnent ainsi, qui marchent bien et participent au lien social, je pense par exemple au boucher de Flers, tout près de chez moi, qui vend de l’excellent bœuf bio. Et pourquoi pas soutenir la création d’un magasin coopératif de producteurs, sur le modèle de « Talents de fermes » à Wambrechies ? 

Je pense aussi que la ville devrait aider les agriculteurs de son territoire à évoluer dans leurs pratiques. Rien n’est fait en ce sens pour le moment !

Pourquoi avez-vous été sensible à la démarche de notre collectif ? Pourquoi la soutenez-vous ?

Claudine Regulski : Le choix de rejoindre le collectif a été quelque chose de concerté, décidé avec les membres du Front de Gauche, dont je suis proche sans être membre d’un parti politique. Nous avions au préalable pris le temps de rencontrer toutes les forces de gauche de Villeneuve d’Ascq.

Ce que j’apprécie dans le groupe que nous formons aujourd’hui, c’est la qualité d’écoute, la démarche vraiment collective, l’enthousiasme… et une vraie envie de construire quelque chose ensemble ! Le projet qui en ressort est cohérent avec tout ça, fidèle à nos envies et à nos convictions pour une ville plus juste, solidaire, respectueuse de la biodiversité… et beaucoup moins polluée ! 

[1] Est appelé  « AMAP » le collectif formé de l’ensemble des amapiens.nes (consomm’acteurs) et paysans.nes engagé.es dans un partenariat solidaire, local, contractualisé, sans intermédiaire commercial avec un esprit de pérennité (définition tirée de la charte des AMAP).

L’AMAP de Villeneuve d’Ascq réunit actuellement 82 familles engagées avec 4 paysans locaux (maraîcher, éleveurs et arboriculteur) et un  artisan boulanger. Tous les produits sont bio.

Réagir