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Confinement d’étudiant·e·s en détresse : un cruel révélateur des inégalités

Villeneuve d’Ascq, avec la Cité Scientifique et le campus du Pont-de-Bois, accueille plus de 40 000 étudiant(e)s, pour beaucoup domicilié(e)s dans les dix résidences gérées par le CROUS. Le confinement, depuis le 17 mars, frappe fortement celles et ceux qui n’ont pas pu repartir dans leur famille, pour certains dans leur pays, et vivent dans des logements ne dépassant pas les 10 m². Nombre d’entre eux ne peuvent plus payer leur loyer faute de pouvoir travailler.

La réalité ordinaire montre déjà un fort taux de boursiers des tranches 5 à 7 (les plus en difficulté sociale), notamment sur le site du Pont de Bois. Du fait du confinement, le CROUS de Villeneuve d’Ascq chiffre à près de 1 300 celles et ceux qui ont perdu leur job étudiant – souvent leur seule ressource – ou ont vu leur stage prendre fin. D’autres étaient aidés par des parents, qui se retrouvent eux-mêmes en difficulté. Dans l’isolement, la pauvreté étudiante s’accroît, ajoutant à la détresse psychologique la détresse alimentaire, d’autant que les restaurants universitaires sont fermés.

Une aide active qui risque de s'épuiser

Les services de l’Université ont réagi dès les premiers jours du confinement, le temps que les activités des associations (Secours populaire, Restos du cœur, Croix Rouge, Ascq In LoVe, Collectif des amis de Gallois …) se réorganisent. Les 200 € versés à 1 200 étudiants en précarité structurelle ont évité le pire. La Campusserie (association étudiante d’aide installée dans la bibliothèque universitaire de Pont de Bois) a mis à disposition la totalité de ses stocks alimentaires afin qu’ils soient distribués gratuitement.

La semaine suivante, avec le retour des associations, des distributions alimentaires ont eu lieu dans les résidences Gallois et Camus. Enfin, des e‑cartes valables chez Carrefour ont été fournies à 2 300 étudiants. A présent, les commissions d’aide siègent en rythme accéléré et traitent une centaine de demandes par semaine. Enfin, les centres de santé pour étudiants ont été maintenus ouverts, selon des modalités spécifiques, afin d’apporter la meilleure aide sanitaire et psychologique possible.

Mais Emmanuelle Jourdan-Chartier, qui coordonne ces opérations pour l’Université note que les besoins des étudiants se font plus nombreux et que cela ne va pas s’arranger.

« Plus le confinement dure, plus il y aura d’étudiants en grande précarité. »

L’aide des associations a ses limites, et les 500 000€  débloqués par l’Université ne suffiront pas à couvrir les besoins.

Pour un plan d'actions contre la précarité étudiante

En tant que collectif porteur d’un projet citoyen, écolo et solidaire, nous demandons pour faire face à une urgence qui restera forte pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois :

  • La réouverture immédiate des Restaurants Universitaires, sous une forme de service garantissant la sécurité alimentaire des étudiant·e·s (distribution de repas),
  • L’annulation des loyers qui auraient été dus durant la période de confinement,
  • Le maintien des bourses en juillet et août.

Aujourd’hui, les aides ministérielles se font attendre, mais faut-il en être surpris ? La précarité étudiante n’est pas née avec le Covid-19. Elle est liée à l’étranglement budgétaire des universités et des CROUS et aux difficultés sociales croissantes depuis de nombreuses années. Difficultés qui empêchent les familles d’aider leurs enfants-étudiants. La précarité frappe particulièrement les populations déjà fragilisées. On se souvient qu’en octobre 2015, un jeune Mahorais avait été retrouvé mort de faim dans sa chambre de la Cité Scientifique.

Sans être aussi spectaculaires, de nombreux indicateurs convergent depuis longtemps : ruptures de paiement des loyers, malnutrition avérée, difficultés sanitaires, solutions d’habitat de fortune, développement de la prostitution étudiante. Le cœur de l’inégalité des chances dans les études est là. C’est la raison pour laquelle une réflexion plus large doit être très vite engagée pour que, dès la fin du confinement, des questions comme le logement, les ressources, la qualité de vie et donc de travail des étudiant·e·s ne soient plus traitées comme avant.

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