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Gérard Léval : « une démocratie locale renouvelée, c’est le principe actif de notre projet ! »

La démocratie locale, la participation des habitants, Gérard Léval travaille dessus depuis vingt ans comme consultant auprès des collectivités locales. Il a écrit plusieurs ouvrages à ce sujet. Retraité depuis deux ans, il n’a jusqu’à présent jamais adhéré à un parti ; mais il trouve à Villeneuve d’Ascq, où il habite depuis 1988, l’envie de s’engager pour sa ville au sein de notre collectif. Dans cet échange à bâtons rompus, il revient sur nos méthodes de prises de décision, de réflexion collective… et plus largement, sur tout ce qui nous a permis d’aboutir à notre programme.

Comment s’est organisée la campagne du collectif ? Comment avez-vous travaillé ensemble pour mettre sur pied votre programme pour Villeneuve d’Ascq ?

Gérard Léval : Les organisateurs avaient planifié des ateliers citoyens entre septembre et décembre, sur sept thèmes différents : Gouverner la ville, Une ville plus juste, La nature et la biodiversité, La transition écologique, Les mobilités, L’économie et l’emploi, La culture et l’éducation. A chaque fois, plusieurs dizaines de personnes ont participé ; on s’est écouté, exprimé, on a fait de la politique sans faire référence aux partis, aux élections, au pouvoir. Ce qui compte ce sont les préoccupations des habitants, le débat sur des solutions à mettre en place. Il faut donner la parole aux habitants, les écouter, parce que les usages de la ville ce sont eux qui sont les mieux placés pour en parler. Mais, en un deuxième temps, le collectif de citoyens s’est posé la question : maintenant qu’est ce qu’on fait pour répondre aux enjeux posés ? C’est clair, c’est sur la base des comptes rendus des ateliers que le programme a été bâti collectivement dans le cadre de réunions ouvertes à tous.

Il fallait aussi des hommes et des femmes, pour porter vos idées. Comment ont-ils été choisis ?

Gérard Léval : Sur ce point aussi, le Collectif citoyen est allé jusqu’au bout. A la mi-décembre, quarante personnes se sont retrouvées pour procéder à une élection … sans candidat. Car dans le cadre de partis structurés, fermés, ce sont toujours les leaders qui parlent, qui décident et qui – comme si c’était naturel – se présentent aux élections. Là, on a commencé à discuter des qualités attendues d’un bon ou d’une bonne candidat-e. Ensuite chacun a dit qui, au sein du collectif, répondait le mieux à ces critères, en expliquant son choix. Restait à savoir si ceux ou celles qui étaient ainsi désignés étaient partants pour les élections municipales. Pauline Ségard a été choisie par le plus grand nombre, car outre son talent et sa jeunesse, beaucoup savaient qu’elle maitrise bien les dossiers de la ville et de la MEL parce qu’elle y travaille depuis des années. Les autres noms de la liste ont été choisis selon la même méthode : pour privilégier les compétences, la capacité à fédérer plutôt que la soif des egos, les décisions prises en coulisses.

Après les élections, lorsque vous serez vraiment confrontés au pouvoir, ces méthodes ne seront-elles pas vite oubliées ?

Gérard Léval : Non ! Au contraire, nous aurons la volonté de les mettre rapidement en place pour que la démocratie locale renouvelée soit le principe actif de nos politiques. Vous savez, pas besoin de gros budget pour mettre en œuvre la démocratie participative : il faut une volonté politique, des convictions, de la méthode, et des citoyens à qui l’on a donné l’envie d’agir.

 

Je vais prendre quelques exemples concrets : les conseils de quartier, qui ronronnent actuellement (je suis bien placé pour le savoir, je suis moi-même conseiller de quartier), seront redynamisés ; ils fonctionneront comme des assemblées ouvertes aux habitants, avec des règles de conduite validées ensemble mais strictes car, il faut le dire, le respect de ces règles est à la base de tout processus démocratique. A partir de ces conseils, par quartier, seront constitués des groupes actions projets. Il s’agit de groupes plus restreints, composés de citoyens volontaires ou tirés au sort mais aussi d’élus,  de responsables d’association ou d’institution. Ce sont ces groupes qui seront chargés d’élaborer les projets. Ils feront appel pour cela à des techniciens, des experts. Cette façon de concevoir une véritable démocratie délibérative provient de nos réflexions en atelier. Mais ça ne tombe pas du ciel, non plus. Des villes de tailles diverses, dans notre pays, ont expérimenté avec succès de tels groupes actions projets.

Sur quels principes sera construite, disons plutôt réinventée, la démocratie participative villeneuvoise ?

Gérard Léval : Le sujet mérite qu’on y revienne. Soulignons d’ores et déjà quatre principes :

  • l’accès de tous à l’information,
  • des moyens pour favoriser les initiatives citoyennes,
  • la formation des habitants impliqués, en favorisant les programmes d’éducation populaire.
  • Plus d’autonomie aux conseils de quartiers pour qu’ils deviennent de véritables lieux d’apprentissage de la démocratie.

La dynamique de ces ateliers citoyens a montré qu’il y avait de très fortes attentes en matière de démocratie locale. Les enjeux sont considérables. Mais le champ des possibles ouvert aux besoins  de comprendre et d’agir des habitants est immense lui aussi. On a commencé, on ne peut pas s’arrêter en si bon chemin.

Pourquoi avez-vous été sensible à la démarche de notre collectif ? Pourquoi la soutenez-vous ?

Gérard Léval : J’ai au départ une conviction forte. C’est celle que les réponses aux enjeux sociaux et environnementaux ne seront pertinentes que si elles sont portées dans la durée, et de façon plus démocratique que ce qui est fait aujourd’hui, par le plus grand nombre de citoyens.

Ensuite, en septembre 2019, j’ai trouvé dans ma boite un flyer appelant les  Villeneuvois à écrire une nouvelle page de leur ville. Le premier atelier sur le thème « Gouverner notre ville ensemble » me parlait d’autant plus que je travaille depuis des années sur la conception et l’évaluation  de démarches participatives. Le débat, ce mardi 24 septembre, salle Masqueliez était ouvert. A la table de discussion d’une dizaine de personnes, j’ai été surpris de trouver des personnes de tous bords, animés d’une volonté de dire les choses et d’échanger. Aucun discours politicien de la part des organisateurs ; mais l’annonce d’une méthode : c’est à partir des idées des citoyens, thème par thème, que collectivement on écrit le programme. J’ai accroché tout de suite !

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