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Gilles Laurent : « Tout ce qui peut encourager à prendre son vélo et demande juste un coup de peinture au sol doit être fait… et vite ! »

Jeune retraité du secteur de l’énergie, Gilles Laurent réside avec son épouse Françoise dans le quartier de la Résidence. Très marqué par sa « jeunesse à vélo » en région parisienne, il s’installe dans la Métropole lilloise à la fin  des années 70… et éprouve une grosse déception face à l’indigence des aménagements cyclables de l’époque. C’est le début d’un engagement associatif qui l’amènera, avec deux amis, à fonder la première mouture de l’ADAV en 1982, puis à rejoindre les Verts en 1986, et enfin à devenir président de l’UVN (Union des Voyageurs du Nord) et Vice-président de la FNAUT (Fédération Nationale des Associations d’Usagers des Transports) depuis 2010. Aujourd’hui, il nous propose son regard sur la crise et son impact sur les politiques publiques en matière de transports.

Avec la crise sanitaire, et en particulier le déconfinement, on parle beaucoup des modes de déplacement actifs dans la Métropole et de nouvelles pistes cyclables provisoires ont été créées dans plusieurs villes… Les choses sont-elles vraiment en train de changer, selon vous ?

C’est une question difficile mais ce qui est sûr c’est qu’on a pris beaucoup de retard au niveau national. Les aménagements dits « d’urbanisme tactique » ont pour principal avantage de pouvoir être mis en œuvre très rapidement. Une piste cyclable « covid-19 » ce n’est qu’un coup de peinture au sol ! C’est justement pour ça que beaucoup d’autres pays avaient commencé à agir dès la fin mars, pendant que nous étions encore dans une logique de « confinement punitif ». On a même entendu qu’il était interdit de faire du vélo. Environ 1000 cyclistes ont été verbalisés pour ça. Pourtant, c’était faux et un recours de la FUB (Fédération des Usagers de la Bicyclette) l’a démontré : le vélo est un moyen de transport comme un autre. Les collectivités se sont aussi précipitées pour fermer beaucoup de véloroutes, alors qu’elles servent énormément pour les déplacements du quotidien, et que leur usage ne se limite absolument pas aux loisirs. J’en arrive à soupçonner un petit fond anti-cycliste dans l’administration française !

Cela dit, plus de 1000 kilomètres de voies vélo ont été créées suite à cette crise et indéniablement, c’est positif… mais on ne sait pas si ça va durer ! A  Amiens, à Nice, à Marseille des « coronapistes » ont déjà été effacées. J’ai peur que dans beaucoup de villes la tentation soit grande de revenir au monde d’avant à cause des pressions.

Et Villeneuve d’Ascq dans tout ça ? D'après vous, notre ville s’est-elle suffisamment inscrite dans cet élan ?

A Villeneuve d’Ascq, j’ai un peu les mêmes craintes. Une nouvelle piste a été tracée sur l’avenue du Pont de Bois, ce qui me paraît un très bon choix… D’ailleurs, en réalité la crise a simplement permis d’accélérer une décision qui était déjà prise. Ensuite, cet itinéraire ne posait aucun problème majeur : pas de gros risques, pas de riverains. Donc j’espère vraiment que l’aménagement sera pérennisé.

Mais globalement les aménagements de l’espace public dans notre ville laissent vraiment à désirer et ne vont pas dans le bon sens. Je pense à la rue  Simone Veil, trop étroite ou pire, à la rue Yves Decugis ou des places de stationnement ont été ajoutées sur le trottoir, ce qui laisse aux piétons à peine 30 centimètres pour passer. Inutile de dire que les personnes en fauteuil ou avec une poussette se retrouvent systématiquement sur la route. A ce stade là, on dépasse le niveau du « raté »… Mais plus généralement, le stationnement sur les trottoirs, généralement illégal, c’est un énorme problème à Villeneuve d’Ascq. Il y a un laxisme total de la municipalité par rapport à ça. Les soirs de match de foot, les trottoirs de la rue Decugis sont systématiquement envahis de voiture. C’est clairement un manque de volonté politique : aux débuts du Grand Stade le ticket de métro pour venir était systématiquement inclus dans le prix du billet. C’était bien, ça encourageait vraiment les gens à ne pas prendre leur voiture pour venir. Aujourd’hui, c’est terminé.  

En tant que Villeneuvois, militant au sein d’associations d’usagers des transports en commun, qu’avez-vous envie de proposer dans ce contexte si particulier ?

Je crois que pour encourager rapidement l’usage du vélo on doit beaucoup miser sur l’instauration du double sens cyclable dans notre ville. Encore une fois ce n’est pas du tout compliqué à faire, il suffit d’un peu de peinture et ça peut changer énormément de choses pour les cyclistes en leur faisait parfois gagner énormément de temps.

Je souhaite aussi que l’on fasse des « rues aux enfants », aux abords des écoles. L’idée serait de piétonniser temporairement ces rues, aux heures d’entrée et de sortie des élèves, pour sécuriser, faciliter et rendre plus agréables les arrivées à pieds ou à vélo. Un autre enjeu spécifique à Villeneuve d’Ascq, c’est la remise à niveau du réseau actuel… et bien sûr il y a aussi l’extension du V’Lille. Cette année on nous a enlevé plusieurs stations. Des nouvelles devaient venir compenser mais pour l’instant je n’en ai vu aucune.

"En matière de développement des transports en commun, on devrait profiter du contexte actuel pour anticiper tout ce qui peut l'être... surtout lorsqu'il suffit de tracer quelques lignes au sol !"

Je terminerai en sortant un peu du cadre spécifiquement villeneuvois pour évoquer le SDIT (Schéma Directeur des Infrastructures de Transports) qui a été voté à la Métropole cette année et prévoit notamment la création de 5 lignes de tram pour 2035. Mais 2035, c’est loin ! je pense qu’on devrait profiter du contexte actuel pour anticiper tout ce qui est anticipable, pour mettre en place des choses plus vite, surtout lorsqu’il s’agit simplement de tracer des lignes au sol. On pourrait par exemple, dès maintenant, faire ce qu’il faut pour accélérer les bus sur le tracé des futures lignes de tram. Tout le monde ne le sait pas, mais un bus peut gagner 50% de sa vitesse si on lui donne la priorité aux feux et qu’on lui dédie des couloirs spécifiques.

En fait c’est assez simple : je suis convaincu que tout ce qui pourrait permettre de réduire rapidement la place de la voiture dans l’espace public, et qui ne demande qu’un peu de peinture pour être fait… devrait être fait au plus vite !

Pourquoi avez-vous été sensible à la démarche VDA 2020 ? Pourquoi la soutenez-vous ?

En matière environnementale, notre ville était à la pointe il y a 30 ans. Mais aujourd’hui… on roupille bien gentiment ! On fait des petites choses, en essayant surtout de ne froisser et déranger personne. Il y a 30 ans Villeneuve d’Ascq se présentait comme une Technopole Verte… aujourd’hui nous sommes devenus « la ville en mouvement ». C’est creux, ça ne veut rien dire du tout. Tout le monde est en mouvement. Je veux vraiment que Villeneuve d’Ascq sorte du greenwashing pour mener une vraie politique environnementale, et je crois que notre collectif est tout à fait à même de porter cette ambition. Moi, mon modèle en la matière, c’est Grenoble !

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