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Hélène Hardy : « pour l’emploi, il faut voir les choses en grand… mais rester proche des gens ! »

Hélène Hardy participe à la vie associative villeneuvoise depuis les années 80 et habite à Ascq depuis 10 ans. Cette jeune retraitée, comme elle aime à se définir, est loin d’être une inconnue à Villeneuve d’Ascq, puisqu’elle y a également dirigé la Mission Locale et la Maison de l’emploi pendant 26 ans. Elle est aussi une militante écologiste très engagée, et compte parmi les personnalités fondatrices de notre collectif !

Face à l’urgence sociale aujourd’hui plus forte que jamais, les pouvoirs publics doivent se mobiliser à tous les niveaux pour aller dans le sens de la solidarité, de l’égalité entre toutes et tous et de la lutte contre la pauvreté. L’accès à l’emploi est un des leviers importants qui existent. Comment une commune peut-elle agir sur ce sujet ?

Hélène Hardy : « A l’échelle d’une commune, on peut atténuer  les dégâts du chômage sur des personnes qui ne s’en sortent pas, entre précarité, petits boulots, démobilisation… On est au plus près des gens, c’est la bonne distance pour agir sur cette violence, qui pèse sur des familles entières. La commune, c’est aussi le relais des politiques sociales du département, de la région et de l’Etat : en bref, elle a un vrai rôle à jouer dans le domaine de l’accès à l’emploi en combinant pour chaque personne ces politiques et les moyens qui y sont associés.  Elle peut d’ailleurs aller au-delà, et développer de manière volontariste des compétences d’écoute et de remobilisation des gens. C’est vrai, en tant que tel une mairie n’a pas d’emploi à donner, ou pas beaucoup, mais elle peut redonner la pêche aux gens. Les recevoir, les écouter, prendre le temps de bien les comprendre et co construire avec elles les solutions, marche après marche.

C’est par le biais d’associations comme les Missions Locales qu’on peut faire ce genre de travail. Il ne s’agit pas seulement d’aider les gens à trouver un emploi. Il s’agit aussi et surtout de les accompagner dans la durée, parfois sur plusieurs années, pour réaliser un projet de vie. Quand on est suivi à la mission locale on a droit régulièrement à une heure d’écoute individuelle.  Il y a une vraie action complémentaire de soutien aux personnes qui se mène là, et qui vient en plus de l’aide financière. Dans les quartiers, au plus près des gens, les missions locales contribuent à reconnaître les personnes comme des personnes, à redonner confiance, à humaniser. »

Quel constat faites vous sur la situation de l'emploi à Villeneuve d'Ascq ?

Hélène Hardy : « En réalité, la question de l’emploi, on ne peut l’examiner qu’à l’échelle d’un bassin d’emploi et pas à celle d’une commune. Il faut voir plus large que Villeneuve d’Ascq. En revanche les bassins d’emplois ne doivent pas être démesurés. Ça, c’est une attente typiquement patronale : plus le bassin d’emploi est important, plus l’entreprise a tendance à penser qu’elle aura de chances de trouver la main d’œuvre dont elle a besoin. Nous, on ne voit pas les choses ainsi. On pense au contraire qu’il faut limiter l’extension des bassins d’emploi pour limiter les déplacements des gens. Attention : il n’est pas question de prôner le « Villeneuve aux villeneuvois » en matière d’emploi, ça n’aurait pas de sens. Mais nous pensons que les pouvoirs publics doivent faire en sortent que les gens puissent bosser le plus près possible de chez eux.

"Il faut penser le développement des réseaux de transport en commun comme un outil de soutien à l'emploi... et on ne le fait pas encore suffisamment !"

Ainsi, pour soutenir l’activité à l’échelle d’un bassin d’emploi, il faut pouvoir s’y déplacer facilement. Donc, les pouvoirs publics doivent se préoccuper de transports en commun et améliorer les mobilités douces. AU CRT de Lesquin par exemple, il y a beaucoup d’emplois… mais il y a encore quelques années il n’y avait pas de bus pour s’y rendre. On devait payer des mobylettes aux jeunes pour qu’ils puissent aller travailler là-bas ! Heureusement aujourd’hui des bus existent même si c’est encore insuffisant : les horaires ne sont pas bien calés sur les horaires de début de journée dans les entreprises. Penser le développement des réseaux de transport comme un outil de soutien à l’emploi : c’est quelque chose qu’on ne fait pas encore assez aujourd’hui. »

Alors que pourrait-on faire pour s’engager plus énergiquement vers l’emploi pour tous au niveau local ? Pour ne laisser personne « sur le carreau » ?

Hélène Hardy : « Déjà, il est important de privilégier l’accompagnement des personnes en recherche d’emploi depuis le plus longtemps et ne pas laisser les gens se faire « enfermer dans le chômage ». De nombreuses possibilités existent ; par exemple, les clauses d’insertion dans les marchés publics qui sont un super outil pour les collectivités. Pour choisir leurs prestataires, ça leur permet de privilégier les entreprises qui œuvrent en faveur de l’emploi local ou s’engagent dans la lutte contre l’exclusion. Du côté de la collectivité, cela nécessite d’en faire un axe fort de ses marchés publics, et de former et motiver ses personnels pour mettre en œuvre ses clauses d’insertion. Cela existe à Villeneuve d’Ascq depuis plusieurs années à l’inititaive des élu-es vert-es. Mais cela n’est pas assez développé.  On a été parmi les premiers à le faire… Mais maintenant il faut faire plus. Pas « un peu » mais vraiment le maximum. Des clauses d’insertion, il en faut partout, et il faut les discuter et les préparer avec les représentants des branches professionnelles pour qu’on puisse anticiper les besoins des entreprises.

"Lors de la construction du Heron Park, nous avons contribué à l'embauche de 250 personnes inscrites au chômage de longue durée !"

Heron Park
Le Centre commercial Heron Park

Quand une entreprise  s’installe (et dans la métropole il y en a beaucoup), il y a aussi des choses à faire : elles ont presque toujours besoin d’un appui public pour les accompagner dans leur politique de recrutement. C’est un vrai levier, une occasion à saisir pour discuter avec eux de la part qu’ils veulent/peuvent prendre dans la résorption du chômage de longue durée sur le territoire.

Lors de la construction du Heron Park par exemple, la Maison de l’emploi, avec l’appui de la Mairie avait obtenu du promoteur qu’il nous donne tous les contacts des enseignes pour qu’on prépare leurs embauches avec elles. Ça nous a permis de signer une convention incluant un pourcentage de recrutement de personnes inscrites au chômage de longue durée… et de « placer » 250 personnes en deux ans ! » 

Pourquoi avez-vous été sensible à la démarche VDA 2020 ? Pourquoi la soutenez-vous ? Que pourriez-vous dire à un villeneuvois qui hésiterait à rejoindre votre collectif ?

Hélène Hardy : « Ce qui est important, c’est de donner à tous les citoyens qui le souhaitent l’occasion de s’engager dans les affaires de leur commune. C’est ce que nous voulons faire, avec un cadre de valeurs partagées : celles de la transition écologique et sociale. D’où l’idée de cette liste citoyenne non partidaire franchement ouverte à toutes et tous .

La porte est toujours ouverte et j’espère vivement que de nombreux-ses Villeneuvoises et Villeneuvois conscient-es des enjeux écologiques et soucieux-ses de justice sociale vont encore nous rejoindre. Notre liste n’est pas encore constituée, il reste énormément à faire et la dynamique dans laquelle nous travaillons est enthousiasmante… Alors venez ! »

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