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Injustices sociales : la crise sanitaire montre la nécessité de changer vraiment

La crise du Covid-19 met en évidence et aggrave les injustices sociales. Elle montre l’urgence de changer vraiment. Les inégalités sociales, l’exclusion d’une part importante de la population, existaient, à Villeneuve d’Ascq comme ailleurs, avant la crise sanitaire. Trop de familles sont mal logées, concentrées dans des quartiers d’où la mixité sociale a disparu (Pont-de-Bois, Résidence, certaines parties de la Poste, du Triolo, ou de l’Hôtel-de-Ville) et cela ne date pas de 2020. Déjà en 2016, le taux de pauvreté atteignait 19 % dans notre ville.

Encore plus nombreux sont probablement celles et ceux qui peinent, en permanence, à payer leur loyer, leurs factures, vivant parfois dans la crainte d’une expulsion. Pour beaucoup, « joindre les deux bouts » est un exploit quotidien que nul n’applaudit. Depuis longtemps le chômage sévit. Depuis longtemps des Villeneuvois·e·s, même travaillant, connaissent une situation de grande pauvreté et ne peuvent accéder, ni faire accéder leurs enfants, au moindre loisir payant et à une nourriture de qualité. La crise actuelle n’a pas créé la vie chère, l’air pollué qui abîme la santé, l’impossibilité pour trop d’enfants de partir en vacances, de changer d’air.

Pourtant, ces souffrances quotidiennes sont tues ou sont rendues abstraites dans des statistiques et des rapports sans lendemain. Celles et ceux qui les vivent ne sont pas entendus. Les décisions se prennent entre spécialistes abreuvés de principes macro-économiques défenseurs d’un libéralisme prédateur et générateur de ces inégalités.

Une crise sanitaire particulièrement aigüe là où se concentrent les difficultés

Le coronavirus donne une dramatique actualité à ces situations d’exclusion, en même temps qu’il les aggrave. L’actualité met en évidence l’inégalité d’accès aux soins. Il n’est pas nouveau que ceux qui n’ont plus les moyens de se payer une mutuelle renoncent aux soins non urgents, et donc se fragilisent. Les personnes les plus en difficulté souffrent aussi plus souvent de maladies chroniques susceptibles de mener à des complications en cas de contraction du virus. Des études portant sur la Seine-Saint-Denis montrent ainsi que l’épidémie provoque une mortalité largement supérieure dans les quartiers dits populaires. 

Un médecin du Pont de Bois rapporte que le nombre de cas de Covid-19 s’y multiplie, et que les soignants font face à un manque d’équipement. Et c’est parmi les travailleurs les plus précaires qu’on trouve l’essentiel de celles et ceux contraints de travailler dans des conditions de sécurité sanitaire très insatisfaisantes. Ce « pas le choix » entraîne, au retour, la peur de contaminer sa famille. Le confinement devrait être prochainement levé. Il était et est encore nécessaire, mais, s’il est difficile pour tous, il ne l’est pas autant pour chacun. 

Le mal-logement

C’est plus difficile quand on est cloîtré dans un logement trop exigu pour le nombre d’habitants, mal insonorisé, mal isolé, aux parties communes déprimantes. La disparition des moments de répit, permettant d’échapper à la promiscuité, où les enfants sont à l’école et/ou certains membres de la famille au travail, rend le quotidien insupportable.

C’est dramatique pour les personnes à la rue, les Roms, les immigrés sans papiers etc., « confinés dehors » dans des conditions qui ne permettent pas le respect des gestes-barrières. C’est plus difficile pour des étudiant·e·s qui n’ont pas pu repartir dans leur famille, pour certains dans leur pays, et vivent leur confinement dans des logements ne dépassant pas les 10 m2

Les difficultés financières

Selon le CROUS de Villeneuve d’Ascq, près de 1 300 jeunes ont perdu leur job ou ont vu leur stage prendre fin. La pauvreté étudiante s’accroît. La fermeture des restaurants universitaires aggrave une détresse alimentaire que les acteurs de terrains dénonçaient déjà.

L’arrêt de la plupart des activités accroît le chômage, total ou partiel, et ampute des revenus qui, en temps ordinaires sont déjà à peine suffisants pour vivre au jour le jour. Le moindre manque met dans l’incapacité de payer les factures, les remboursements de crédits, le loyer. Si, dans l’immédiat, certaines dettes sont gelées, le stress de se retrouver après en surendettement, de risquer des saisies, voire une expulsion, grandit. C’est difficile quand la moindre sortie doit être justifiée par écrit, et que la sanction encourue est d’un niveau financier proportionnellement insurmontable.

C’est plus difficile pour les familles dont les revenus justifient d’un tarif économique pour les cantines scolaires. Leur fermeture prive certains enfants de leur plus consistant et équilibré repas de la journée, et les met totalement à charge de leurs familles.

Les enfants en première ligne

C’est plus difficile pour les enfants ne disposant pas chez eux d’accès à internet, ou quand le foyer ne dispose que d’un ordinateur alors que plusieurs sont dans l’obligation d’y recourir aux mêmes heures. Difficile aussi d’imprimer les cours et devoirs envoyés par les enseignants lorsque l’on n’a pas d’imprimante à la maison.

C’est plus difficile pour les parents peu familiarisés avec les programmes scolaires, sensés devenir, du jour au lendemain, des « profs à la maison », après, parfois, une journée de travail éprouvante. Malgré l’admirable investissement de beaucoup d’entre eux, la conséquence prévisible (et que les premiers chiffres tendent à confirmer) est une augmentation du nombre d’élèves en « décrochage scolaire ». Des professeurs travaillant dans les écoles villeneuvoises font état d’un décrochage autour de 20 %, la moyenne nationale estimée à 5 % cachant de grandes disparités.

C’est plus difficile pour les mères seules (parfois – plus rarement – les pères). Concilier travail et éducation des enfants est, déjà en temps ordinaire, une gageure. En ces temps de confinement, celles qui ont la « chance » de ne pas être au chômage doivent trouver des solutions pour la garde des petits. 

Comment, dès lors, offrir un accompagnement scolaire aux enfants ? Comment parler d’égalité des chances pour la réussite scolaire ?

Se complique aussi la situation des enfants handicapés dont beaucoup ont moins – voire plus du tout – leurs soins paramédicaux « non vitaux » (psychomotricité, ergothérapie, kiné).

L'isolement et un moindre accès aux commerces, aux services, à la nature

C’est difficile quand ferment ou tournent au ralenti les services publics (transports en commun, poste, agence bancaire, guichets divers). Se complique la moindre démarche, comme retirer de l’argent pour les courses de première nécessité quand on ne dispose pas de carte bancaire.

C’est plus difficile pour celles et ceux qui vivent dans des ensembles bétonnés, sans espace vert pour les enfants à proximité, sans commerces ouverts. Ceux-ci constituent en temps ordinaire pour certaines personnes l’essentiel de leur vie sociale. L’isolement frappe ainsi plus fort. C’est psychologiquement particulièrement difficile pour les personnes les plus âgées, qu’elles soient en EPHAD ou confinées chez elles, et pour leurs familles.

À l'issue de la crise, ne pas oublier

Pour toutes ces personnes, la situation actuelle vire au cauchemar. Mais celui-ci n’est que l’aggravation des différentes formes d’exclusion qu’elles vivent depuis très longtemps. Le retour à la normale ne doit pas être, pour toutes ces populations dans les différentes formes de précarité, un retour à l’anormal. Les mesures d’aide à la survie qui ont été mises en place, pour bonnes à prendre qu’elles soient, ne traitent pas durablement le problème.

Le changement était déjà nécessaire avant cette épidémie… Après le confinement comme avant, il ne se fera que si tous ceux qui veulent que ça change vraiment se font entendre. Il serait temps ! Plus que jamais, doit venir le moment des réformes vers plus de justice ; doit venir le moment de mettre un terme aux projets qui accroissent des inégalités et le désastre écologique ; doit venir le moment de rétablir des services publics de qualité, notamment dans le domaine de la santé, et, pour cela, de mettre fin à l’appropriation des richesses par un petit nombre et à l’évasion fiscale ; doit venir le moment de redonner du pouvoir aux citoyens dans les décisions qui se prennent ; doit venir le moment, puisque l’origine des troubles sanitaires qui frappent durement les plus fragilisés est largement là, de mettre en œuvre un monde plus respectueux des équilibres de la nature et des besoins humains.

Bref, doit venir le moment, de construire, à Villeneuve d’Ascq comme ailleurs, un monde Citoyen, Ecologique et Solidaire.

De nouvelles voix, qui défendaient le contraire il y a encore deux mois, se mettent aujourd’hui à le dire. La question est : qui le fera demain ? Notre ambition, pas seulement depuis cette crise, mais encore plus après elle, c’est de le faire avec vous.

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