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Jean-Louis Serre : le conseil de quartier Résidence-Triolo, un engagement passionnant mais frustrant !

Jeune retraité du secteur industriel, Jean-Louis Serre réside à Villeneuve d’Ascq depuis 35 ans. Investi au sein du Conseil de Quartier Résidence-Triolo depuis 2015, il termine actuellement son deuxième mandat. Hyperactif et polyvalent, il mène en parallèle des recherches prenantes sur un sujet qui le passionne : l’emploi et les conditions du retour à l’emploi. Nous lui avons posé quelques questions sur son vécu de conseiller de quartier, et sur sa vision de la démocratie locale.

Le Conseil de Quartier à Villeneuve d’Ascq, qu’est-ce que c’est ? Comment ça fonctionne ? Quels sont ses pouvoirs et les limites à son action ?

Le Conseil de Quartier est une instance de démocratie participative dit « consultative ». Il est constitué d’habitants d’un ou de plusieurs quartiers. Des réunions sont organisées avec les représentants de la mairie (Adjointe de secteur, chef de projet, élus, services techniques, institutions ou collectivités compétentes). Notre mission principale : donner un avis consultatif sur des projets municipaux. Ce sont souvent des projets de construction qui concernent le quartier. Mais nous sommes aussi force de proposition ! Nous faisons un travail de veille sur les opportunités de faire évoluer le quartier dans le bon sens, faisons remonter des problèmes et formulons aussi des propositions d’améliorations. Concernant la fréquence de nos réunions, il n’y a pas de règles, c’est vraiment en fonction des besoins… avec au minimum une assemblée plénière normalement annuelle (deux en quatre ans pour le quartier Résidence-Triolo).

"J'ai souvent le sentiment qu'au niveau de la ville, on ne souhaite pas que les conseils de quartier se développent"

Être conseiller de quartier c’est une expérience passionnante, riche, qui a aussi ses côtés frustrants. J’ai souvent le sentiment qu’au niveau de la ville, on ne souhaite pas que les conseils de quartiers se développent. Je vais prendre un exemple assez frappant : le service « démocratie locale vie des quartiers » avec lequel nous sommes en lien constant ne nous apporte que très peu de réponses. Le Règlement intérieur des conseils de quartier, document officiel qui régit nos relations avec eux formule les choses de manière frappante : il y est écrit noir sur blanc que le service doit « nous apporter des réponses dans les meilleurs délais et dans la mesure du possible ». Eloquent non ? Aucune obligation de nous répondre ! C’est assez représentatif de l’ensemble de raisons pour lesquelles on a souvent le sentiment que notre travail ne remonte pas aux personnes concernées à la mairie, et que par conséquent nous sommes très peu écoutés !

Mais attention : cette situation, on en prend notre parti, et ça ne nous empêche pas de faire beaucoup de choses à l’échelle du quartier. Le tableau est loin d’être entièrement noir, sans quoi plus personne ne voudrait être conseiller de quartier ou coordinateur du conseil de quartier.

Effectivement, vous faites avancer avec beaucoup d’énergie certains projets qui vous tiennent à cœur : pourriez-vous nous parler de votre ambition de faire revenir un marché à Résidence ?

Il y a 15 ans le quartier Résidence avait un très beau marché. Il est aujourd’hui complètement tombé en désuétude, puisqu’il ne reste qu’un seul commerçant : un fleuriste, qui vient une fois par semaine. En quête de solutions pour développer la vie du quartier et le redynamiser, nous avons régulièrement interpellé la mairie à ce sujet depuis 2016. Nous avons obtenu l’accord pour organiser un sondage et recueillir l’avis des habitants. Celui-ci a mis un an et demi à se mettre en place, et a confirmé l’intérêt d’un retour du marché à Résidence.

"Beaucoup de choses se font dans les conseils de quartiers !"

Place de Verdun
La Place de Verdun, au coeur du quartier Résidence

La ville étant peu partie prenante sur le sujet, nous avons cherché des moyens détournés de faire avancer les choses… et ces moyens détournés, ça a principalement été la création d’événements sur la place du marché. Nous avons organisé une édition des « fenêtres qui parlent » sur le thème « l’homme au travail », avec toutes sortes d’animations familiales, des artistes peintres invités, des sculpteurs… On a lancé aussi « la journée des mille métiers ». Deux vrais succès populaires et médiatiques, avec de beaux articles dans la Voix du Nord et dans la Tribune. Ces événements ont offert l’occasion d’attirer à nouveau l’attention sur la place de Verdun et de parler de notre projet. On avance. Maintenant après la remise du rapport de la cellule de réflexion sur le marché, ce que nous avons décidé de faire… c’est d’aller chercher les commerçants nous-mêmes, sans attendre de soutien ! 

Mais des exemples comme celui-ci, il y en a d’autres : malgré certaines difficultés à se faire entendre, il y a du dynamisme et de l’envie. Beaucoup de choses se font dans les conseils de quartier.

Selon vous, pour que la démocratie participative fonctionne mieux à Villeneuve d’Ascq, et que les conseils de quartiers soient davantage entendus, que faudrait-il faire ?

En termes de démocratie participative, pour moi, les promesses de la mairie sont bonnes. Le souci, c’est qu’elles ne sont pas appliquées ! Il faudrait juste parvenir à mettre réellement en œuvre ce qui est inscrit dans les documents organisant les conseils de quartier. Il n’est pas normal qu’on mette trois ou quatre ans à obtenir que l’on taille des arbres. Que l’on produise des rapports très complets avec des propositions pour améliorer la vie de quartier… sans jamais avoir le moindre retour, ni même savoir si quelqu’un a lu notre travail en mairie. Nous portons tout de même les demandes, les attentes des habitants des quartiers. Il faut leur montrer que leurs expressions sont reçues et prises en compte, à défaut bien sûr de toutes pouvoir être exaucées. La communication doit impérativement être améliorée, et la ville doit se doter d’outils de mesure de la satisfaction de ses habitants. De plus il serait très intéressant de promouvoir des échanges entre les différents conseils de quartier de la ville.

Pourquoi avez-vous été sensible à l’approche de notre collectif ? Pourquoi la soutenez-vous ?

C’est d’abord une affaire de rencontres et de rapports humains. Villeneuve d’Ascq ressemble parfois à un village : il se trouve que je connaissais plusieurs personnes engagées dans ce collectif, dont Pauline Ségard, qui y est très active.  Nos intérêts se sont rejoints au moment de la mobilisation du collectif contre le démantèlement des stations V’Lille.

Moi, je n’ai pas de couleur politique, je n’ai par exemple jamais voté écolo… En fait, à la base, je cherchais surtout des appuis pour « porter la bonne parole » et faire avancer les projets et solutions aux problèmes du quartier. Dans le contexte préélectoral du moment, j’ai rencontré pas mal de gens de divers bords politiques, sans a priori. 

Maquette du quartier Résidence
Maquette du quartier Résidence, réalisée par un habitant

Mais ce qui m’a vraiment accroché et conduit à me sentir en accord avec le collectif, c’est la manière dont la démocratie participative y est pratiquée. Lors des réunions, on fonctionne vraiment selon le principe une personne = une voix. Toutes les décisions se prennent collégialement, les conditions d’une vraie coproduction sont selon moi réunies. Et c’est exactement ce qui nous manque au niveau des conseils de quartiers !

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