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Julie De Coninck : « Dans les écoles villeneuvoises, on a le devoir de dépasser la tristesse du chips-sandwich ! »

Julie De Coninck, 49 ans, s’est mariée à Ascq, habite Triolo et enseigne à l’école Rameau de Villeneuve d’Ascq, au cœur du quartier Résidence. Cette dynamique mère de quatre grands enfants – ils sont âgés de 18 à 25 ans – aime à se définir comme engagée plutôt que militante. Elle a d’ailleurs rejoint le collectif dès le début, par intérêt pour la démarche des ateliers citoyens. Aujourd’hui, elle revient sur son expérience en tant qu’enseignante confrontée à la crise de la Covid-19 et à tous les bouleversements qu’elle a engendrés dans les écoles.

Enseignement à distance, réouverture partielle des écoles, distanciation physique et gestes barrière… Au cours de la crise sanitaire que nous traversons, les enseignants ont été en première ligne. Comment avez-vous traversé cette période ? Comment vont vos élèves et leurs familles ?

La première chose qui me vient à l’esprit, c’est à quel point tout a été très vite, notamment lorsqu’il a fallu mettre en place l’enseignement à distance. Heureusement, les parents d’élèves ont été dans une large majorité très présents et volontaires, même si c’était souvent compliqué pour eux. Nous avons eu beaucoup d’échanges et de contacts. L’une des choses que j’ai particulièrement appréciée et que je retiendrai de cette drôle de période, c’est le binôme solide qui s’est formé avec quelques parents et moi autour des enfants… ça n’existait pas forcément auparavant et ça a vraiment été quelque chose de précieux.

Quand je disais que ça n’a pas été facile, c’est encore plus vrai pour certains : plusieurs familles n’avaient qu’un smartphone pour suivre les cours, et parfois avec la fratrie à accompagner, parfois dans le bruit de la télé et autres divertissements. J’ai proposé aux enfants des réponses personnalisées. Quand ça a été possible J’ai aussi apporté les cahiers et les fichiers.

C’était beaucoup de travail. Nettement plus qu’en temps normal.

Depuis le déconfinement et la reprise en présentiel les choses se sont compliquées, puisque très peu de mes élèves sont revenus en classe. Mais on était vraiment contents de se revoir ! Dans mon école nous en avons une moyenne de 4 à 5 par classe, et malheureusement nous avons perdu le contact avec certains. J’espère que la semaine prochaine, tout le monde reviendra comme prévu pour la dernière ligne droite. Ces retrouvailles au complet ont vraiment du sens avant les grandes vacances et seront importantes pour beaucoup d’élèves… Ils en ont besoin pour pouvoir se projeter à nouveau dans ce « lieu école » qui est le leur.

La municipalité a-t-elle été présente pour aider familles, enfants, enseignants et personnels des écoles à traverser cette crise et si oui, de quelle manière ?

On n’a eu que peu d’échange avec la ville avant la réouverture des écoles. Ensuite, de petites choses ont été faites pour nous aider. A partir du 8 juin on nous a par exemple proposé d’aller faire nos photocopies en mairie. Depuis hier, un animateur sportif supplémentaire est arrivé… et nous avons aussi reçu les tablettes destinées aux familles non équipées d’ordinateur… c’est bien. Malheureusement, c’est surtout pendant le confinement que nous en aurions eu besoin !

J’ai envie aussi de pointer une chose franchement négative, pour le coup. Depuis la réouverture la cantine n’a proposé aux élèves, pour tout repas de midi, que des sandwichs et des chips ! Cela va à l’encontre de la nécessité de sensibiliser les enfants à l’équilibre alimentaire, de prendre le temps pour bien manger et de promouvoir l’idée que la santé se construit aussi dans l’assiette. 

A mon sens, plutôt que de parler de la municipalité, ce sont surtout les personnels qui sont à saluer dans la gestion de cette crise, en particulier ceux qui gèrent la désinfection et le nettoyage de nos locaux. Ils font un boulot absolument remarquable, avec énormément d’énergie pour le bien-être des enfants.

D’après vous, qu’est ce que la Ville aurait pu faire de plus ? En tant que militante au sein de notre collectif, qu’auriez-vous aimé pouvoir mettre en œuvre ?

Depuis leur retour en classe, j’ai constaté une chose : certains élèves ont été très marqués par la solitude que le confinement a énormément aggravée pour Les personnes âgées. Elles se sont  retrouvées totalement isolées dans les EHPAD. J’aurai pu imaginer que la Mairie mette en place des moyens de connecter les enfants des écoles avec les aînés, via des vidéos par exemple. Au lieu d’entretenir la peur, ça aurait été l’occasion de montrer des alternatives pour continuer à créer du lien, à entretenir l’espoir !

Je regrette que les marchés n’aient pas ouverts plus rapidement ainsi que les parcs. Cela aurait contribué à redonner de la vie aux quartiers plutôt que de favoriser le centre fermé du centre-ville comme unique lieu de sortie pour les familles.

Je voudrais revenir sur la question de la cantine, car c’est important ! C’est l’occasion pour beaucoup d’enfants de consommer leur seul repas équilibré de la journée. De manger des fruits. Ces pique-nique pour moi c’est un manque de respect. A Lille, les enfants ont mangé des repas chauds et équilibrés pendant presque toute la durée de la crise, ce qui prouve bien qu’il est possible de faire autrement… mais ça, c’est peut-être parce que Lille n’est pas dépendante d’un fournisseur privé pour sa restauration scolaire. Tout est géré directement par la ville, en régie. Notre collectif propose d’ailleurs d’examiner ce sujet dès le début du prochain mandat !

Un sujet qui me travaille aussi, c’est la question de l’accès à la culture, en particulier pour les enfants. Un exemple : pourquoi la médiathèque a-t-elle rouvert si tardivement, alors que de nombreuses villes ont mis en place très rapidement un système de « click and collect » pour que les gens puissent à nouveau emprunter des livres ? J’aurai aimé, notamment dans l’intérêt des élèves, que ce système soit mis en place à Villleneuve d’Ascq.

Sur le volet culturel toujours, j’ai envie de parler d’un projet, qu’on était sur le point de lancer à l’école et qui est malheureusement tombé à l’eau avec le confinement : « Résidence en Résonance ». L’idée était d’emmener les enfants dans leur quartier à la découverte des compositeurs qui ont donné leur nom aux rues de la Résidence. Nous avions même le soutien de chanteurs et de musiciens locaux. J’espère que l’on pourra concrétiser ça un jour, car c’était vraiment l’occasion de rendre les enfants fiers de leur quartier d’une manière active, avec un vrai niveau de questionnement, d’exigence et d’ouverture d’esprit. Je cite ce projet car il est assez représentatif de l’état d’esprit dans lequel je souhaite voir avancer ma ville. Soyons exigeants, dépasser la tristesse du chips et sandwich est possible 

Pourquoi avez-vous été sensible à la démarche VDA 2020 ? Pourquoi la soutenez-vous ? Qu’auriez-vous envie de dire à un villeneuvois qui hésiterait à voter pour vous pour ce second tour des élections municipales ?

Ce qui m’a attirée dans le collectif, c’est vraiment la démarche d’ateliers citoyens qui a été mise en place dès le début pour la construction du programme. J’étais en recherche d’un espace ou on essaye de bâtir ensemble. Une ville se construit avec ceux qui y vivent, c’est indispensable ! Pour moi, ça ne peut pas venir « d’en haut » !

Là, nous sommes un très bon groupe, avec une vraie diversité d’âge et d’engagements sur le terrain. Ensuite, ce que j’ai apprécié, c’est que tout ce qui a été dit lors des ateliers citoyens se retrouve réellement dans le programme, presque tel quel. Pour ça, chapeau ! Je suis fière de faire partie d’une démarche aussi sincère et respectueuse de la parole de chacun, qui donne du goût pour la chose politique. Notre collectif donne envie d’y croire.

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