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Marc Delgrange : « à la Métropole, il faut réconcilier efficacité et démocratie ! »

Comme beaucoup de femmes et d’hommes de sa génération, Marc Delgrange est « tombé dans la politique à 16 ans », pendant les événements de mai 68. Ce militant de gauche infatigable et très engagé a notamment siégé, entre 2001 et 2008, comme Conseiller Métropolitain à Lille Métropole Communauté Urbaine. Dans cette interview, il dresse un constat alarmant sur le fonctionnement démocratique des intercommunalités aujourd’hui… Alarmant, mais non dénué d’espoir à quelques jours du premier tour des élections municipales et communautaires.

Avec les évolutions de la loi et la montée en compétences de la MEL depuis plusieurs années, les observateurs sont de plus en plus nombreux à affirmer qu’aujourd’hui, toutes les décisions importantes en matière de gestion du territoire se prennent au niveau des métropoles… et qu’il ne reste rien ou presque aux communes. Qu’est ce que ça vous inspire ?

Marc Delgrange : D’abord, je trouve que dans cette affaire les mots ont vraiment de l’importance. Ici, on a « Lille Métropole Communauté Urbaine » qui est devenue « Métropole Européenne de Lille ». Impossible de ne pas le remarquer : ce qui a disparu en cours de route avec ce changement de nom, c’est la notion de « commun ». C’est très lourd symboliquement. On a renoncé à mettre en avant la volonté initiale des intercommunalités, qui était de mettre en commun certaines compétences et savoir-faire pour être plus forts et plus efficaces ensemble. Avec cette « MEL », seule la notion d’excellence subsiste, avec ces ambitions européennes qui s’affichent au premier plan.

Mon expérience de conseiller communautaire, même si elle date un peu, a aussi été l’occasion de constater que l’échelle métropolitaine permet d’accéder à une puissance financière importante… et donc de mener sur le territoire de grands projets, des politiques ambitieuses. C’est précieux. Entre 2001 et 2008 je siégeais à la commission sports. Pendant le mandat, nous avions par exemple pu développer le sport de haut niveau, ce qui a nécessité des investissements inaccessibles à l’échelle des communes. Et dans le même temps, nous avons aussi pu veiller à ne pas déséquilibrer l’aménagement du territoire en aidant les petites communes, en soutenant de nombreux événements locaux et en mettant en œuvre le plan piscines.

Le corollaire négatif de cette puissance, c’est qu’elle peut amener, insidieusement, à regarder la démocratie comme un obstacle… et à la laisser de côté. On a tous en tête l’affaire du Grand Stade, sur laquelle je ne m’appesantirai pas. Cette image de décisions qui se prennent en petit comité, dans le secret d’un bureau. Et je crains qu’aujourd’hui, ce dangereux état d’esprit ne se soit accéléré… Ceci dit, ça n’a rien d’une fatalité, et je suis convaincu que nous pouvons encore changer les choses à la MEL !

Dans quel esprit votre liste abordera-t-elle ses mandats à la Métropole Européenne de Lille, qu’y défendrez-vous ?

Marc Delgrange : Le défi que nous voulons relever à la MEL est avant tout citoyen. Une superstructure, c’est intéressant pour les raisons que j’ai évoquées juste avant, mais c’est également porteur d’un gros risque : celui de l’éloignement avec les citoyens. Nous, nous voulons reconstruire les conditions de la rencontre entre l’efficacité métropolitaine et la démocratie.

Notre enjeu en arrivant à la MEL sera d’abord de réunir des forces suffisantes, de constituer un groupe d’élus assez large, à l’image de notre collectif mais aussi avec d’autres qui partagent nos valeurs, pour pouvoir pousser en avant notre idéal politique. Ce que nous voulons, c’est construire un continuum qui ira en droite ligne des conseils de quartiers jusqu’à la MEL, en passant bien sûr par l’échelle de la commune.  

Un point de programme métropolitain qui vous tient particulièrement à cœur ?

Sans doute la question des transports en commun. Je tiens énormément, de même que toutes les personnes impliquées dans notre collectif, à ce qu’on puisse un jour mettre en œuvre la gratuité des transports à l’échelle de la MEL. En même temps, j’ai conscience que c’est un sujet lourd, complexe et que sa concrétisation sera particulièrement longue si on veut qu’elle se fasse dans de bonnes conditions. Décréter la gratuité c’est bien, encore faut-il que la qualité de service soit suffisante et que les gens aient envie de prendre les transports en commun ! Donc cette gratuité elle ne pourra pas se faire correctement sans mener des rénovations importantes du réseau ni sans le développer.

Il n’empêche qu’il faut se fixer cet objectif dès maintenant. Si on n’a pas cette finalité en ligne de mire, je suis convaincu que toutes les décisions prises en amont ne pourront qu’être retardées, déviées voire viciées. Et puis il y a tellement de chemin à parcourir pour y arriver… qu’on doit commencer demain !

Pourquoi avez-vous été sensible à la démarche de notre collectif ? Pourquoi la soutenez-vous ? Que pourriez-vous dire à un villeneuvois qui hésiterait encore à voter pour vous ?

Je n’ai jamais été élevé dans un état d’esprit partidaire malgré mon engagement politique et militant. Moi, je suis un partisan de toujours des rassemblements, d’ailleurs j’avais déjà conduit une liste de rassemblement de la gauche pour les élections municipales de 2008… Aujourd’hui, avec mes camarades du Front de Gauche, nous sommes plus que jamais convaincus que le rassemblement est notre seule chance de peser un poids suffisant pour contrer le libéralisme économique qui domine. Voyant arriver ces élections, nous avons donc immédiatement écarté l’idée de faire une liste seuls… C’est ainsi que nous avons choisi de nous investir dans ce collectif, qui fait le lien entre transformation sociale et transformation écologique. Et je pense vraiment que nous tenons la bonne recette pour renverser la table.

Quant au Villeneuvois qui hésiterait encore à voter pour nous, j’aurais envie de lui dire… d’oser penser l’avenir différemment !

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