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Serge Havet : « Demain, Villeneuve d’Ascq ne devra laisser personne sur le carreau »

Engagé au cœur des quartiers, au cœur des réalités, au cœur des précarités. C’est ainsi qu’aime à se définir Serge Havet, villeneuvois et membre de notre collectif mais aussi président, cofondateur et animateur régional de l’association Agir Ensemble contre le Chômage. Nous l’avons rencontré à son local associatif, au coeur du Faubourg de Béthune à Lille, pour échanger sur la montée de la misère et des exclusions dans la Métropole et à Villeneuve d’Ascq… et évoquer aussi quelques pistes de solutions pour aider les plus démunis.  

Vous êtes villeneuvois, engagé au sein de notre collectif mais aussi porte-parole de l’association Agir Ensemble Contre le Chômage dans la métropole. Au sein de cette association, quelle vision de la lutte contre les exclusions et le chômage défendez-vous ?

Serge Havet : Depuis 1995, Agir ensemble contre le chômage se bat pour le droit à l’emploi durable et à un revenu décent pour tous. Nous réclamons l’annulation de toutes les sanctions contre les chômeurs et les plus précaires et accompagnons également les gens dans leurs problématiques relatives au logement. Il faut dire que dans la Métropole, la situation est particulièrement dramatique, avec plus de 50 000 demandes de logements sociaux non satisfaites, 40 000 logements insalubres sur le marché… et une pauvreté qui me semble s’aggraver sans arrêt.

Dans notre action, on est au côté des gens au quotidien et on les aide le plus possible à connaître leurs droits et à les faire valoir. On fait un vrai travail d’éducation populaire, qui est crucial dans un contexte de plus en plus difficile pour les populations vulnérables, avec par exemple la baisse des allocations familiales ou la réforme de l’assurance chômage qui se prépare. Nous, on peut accompagner les gens partout pour les aider dans leurs démarches : à EDF, pour leur éviter les coupures de courant, à Pôle Emploi, chez les bailleurs sociaux. On les aide à constituer leur dossier, à mener à bien des tâches administratives de plus en plus complexes face auxquelles beaucoup sont complètement perdus et démunis… et on fait face à beaucoup de souffrance, beaucoup d’incompréhension. Comment expliquer les lenteurs de l’administration à quelqu’un qui ne peut plus payer son loyer, qui a du mal à nourrir sa famille… et qui attend des aides auxquelles il a droit ? 

Quel constat faites-vous sur les politiques publiques menées à Villeneuve d’Ascq, en matière d’emploi et de lutte contre les exclusions ? Ce qui est fait est-il « bien fait » ?

Serge Havet : Villeneuve d’Ascq a son lot de difficultés et beaucoup d’habitants en situation de grande précarité. Plus de 18 % de la population villeneuvoise vit sous le seuil de pauvreté, et se concentre dans des quartiers comme Pont de Bois, Résidence, Poste, Flers Babylone et Hôtel de Ville, du côté de la rue des Victoires. La Mairie, évidemment, ne peut pas tout gérer. Elle fait des choses via le CCAS, en distribuant des bons d’achat, en accordant des aides exceptionnelles, mais ça reste assez limité en termes de budget. Il y a tant de gens qui ont besoin d’aide !

Malgré la présence de 13 bailleurs sociaux à Villeneuve d’Ascq, on souffre aussi d’un manque énorme de logements sociaux. En ce moment, dans le parc villeneuvois, on recense un seul F2 libre, à 300€, ce qui en plus d’être ridiculement insuffisant reste cher pour beaucoup de gens. Et c’est tout ! Et de toute façon, 300€ de loyer pour des gens qui doivent vivre avec entre 400 et 900€ par mois, ça reste soit inabordable, soit très élevé. Il faut davantage de logements très sociaux, afin que tout le monde puisse avoir un toit au-dessus de sa tête !

Que pourrait-on faire « de plus, de mieux » à l’échelle d’une commune comme la nôtre, pour s’engager plus énergiquement dans la lutte contre le chômage et les exclusions ?

Serge Havet : Je pense que la ville pourrait contribuer au développement d’emplois solidaires dans les quartiers. Il y a énormément à faire dans le champ de l’économie sociale et solidaire, et il y a de vrais besoins à satisfaire au plus près des gens.

Il faudrait aussi que comme à Lille, Villeneuve d’Ascq mette en place l’encadrement des loyers, pour empêcher la flambée des prix… et que l’on réquisitionne les logements vacants : je suis sûr qu’il en existe beaucoup, il y a vraiment quelque chose à faire de ce côté-là. Dans le volet justice sociale de notre programme, nous proposons beaucoup d’autres mesures qui vont de la gratuité des transports à l’instauration d’une mutuelle municipale solidaire… C’est essentiel, car je suis convaincu que la précarité va encore s’étendre à Villeneuve d’Ascq, comme partout ailleurs. Et je n’ai même pas abordé les difficultés de notre population étudiante, qui est une des spécificités de la ville.

Pourquoi avez-vous été sensible à la démarche VDA 2020 ? Pourquoi la soutenez-vous ?

Serge Havet : Je suis depuis toujours un fervent militant de gauche, par conviction et aussi par tradition familiale. Mon père militait déjà à Villeneuve d’Ascq dans les années 1960, je baigne là-dedans depuis toujours ! Si j’ai choisi de rejoindre le collectif, c’est d’abord parce que j’ai été sensible aux mots « citoyenne et solidaire ». La volonté de ne laisser personne sur le bord de la route et de venir en aide aux plus démunis, ça va complètement dans le sens de mes engagements associatifs. Et puis j’ai apprécié la démarche de réfléchir ensemble pour imaginer des idées neuves pour la ville, qui remonteront ensuite à la Métropole. J’espère que les Villeneuvois auront massivement envie d’y croire avec nous !

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