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Thierry Ségard : « Il faut des jardins dans toutes les écoles de Villeneuve d’Ascq ! »

Thierry Ségard, 59 ans, enseigne à l’école Claude Bernard depuis le début des années 2000. Au cœur du quartier Pont de bois, ce passionné de jardinage, d’écologie et de permaculture cultive un jardin de 200 mètres carrés avec ses élèves. Rencontre avec un passionné qui se sent parfois un peu seul… et qui rêve que sa démarche « fasse des petits » !

Sensibiliser à la nature et à la biodiversité. Insuffler du vert dans la ville. Deux principes que vous appliquez chaque jour dans votre travail, grâce au jardin que vous entretenez avec vos élèves. Pouvez-vous nous en parler ?

Thierry Ségard : « L’école Claude Bernard, ou je travaille depuis bientôt vingt ans, avait une très grande cour de récréation. Dès mon arrivée, j’ai soumis l’idée au directeur d’y faire un jardin potager. Il y a été favorable et la mairie nous a très facilement suivis aussi. Cent mètres carrés de terrain ont donc été clôturés et j’ai commencé à y travailler avec mes élèves. Le jardin s’est ensuite agrandi (200 mètres carrés aujourd’hui), puis il a été déplacé, mais l’esprit est resté le même : on cultive des plantes aromatiques et médicinales et aussi des légumes, avec les enfants.

"Mettre les mains dans la terre, c'est bon pour la santé!"

Ce jardin, pour les enfants de l’école et leurs familles, c’est le point de départ d’une redécouverte de la nature, le début de quelque chose…  Les petits rentrent à la maison avec leurs légumes et les cuisinent eux-mêmes. Ça interpelle les parents, ça crée de l’échange, ça infuse de bonnes pratiques sur l’alimentation à la maison. On organise un marché aux pieds de tomates qui a beaucoup de succès. Les familles participent, elles cultivent à la maison, on échange sur les variétés qui ont bien donné, ou moins bien.  Il y a quelques années, on a aussi participé au concours des écoles fleuries. Résultat : deux prix, aux niveaux métropolitains et départementaux. Je suis toujours dans cette idée d’ouvrir l’école et son jardin sur l’extérieur, ça me paraît vraiment important. D’autant que c’est aujourd’hui prouvé scientifiquement : mettre les mains dans la terre c’est bon pour la santé et ça permet de lutter contre la dépression ! »

Vous disiez que la ville vous a suivi très facilement dans votre projet et vous a toujours soutenu. Comment ce soutien s’est-il traduit ?

Thierry Ségard : « C’est vrai, la ville a toujours été favorable a mon projet et n’a opposé aucune difficulté à mettre à ma disposition les moyens nécessaires. Un terrain a été clôturé à l’intérieur de l’école pour que je puisse travailler. On me donne aussi une subvention de 200 à 300 euros par an. J’en suis reconnaissant, c’est déjà quelque chose. Mais ça s’arrête là. La ville m’a toujours « laissé me débrouiller ». Je n’ai jamais eu véritablement de comptes à rendre sur ce que je faisais de l’argent reçu. Personne n’est venu suivre mon projet, l’évaluer, en parler avec moi. Je le regrette, parfois je me sens un peu seul. Dans deux ans je serai à la retraite, et si parmi mes collègues, personne ne se sent la vocation de reprendre le flambeau, ça sera la fin de notre jardin. Il faut dire que c’est quelque chose de prenant : j’y passe du temps le week-end, je suis aussi beaucoup présent pendant les vacances d’été… Un jardin ça s’entretient toute l’année, ça ne peut pas s’accommoder du temps scolaire.

"Avec encore plus de soutien de la ville, mon projet pourrait être décliné dans toutes les écoles !"

Ce que j’aimerais, c’est que la ville se rende compte de l’intérêt de projets comme le mien et s’en empare, pour le faire durer, et pourquoi pas le décliner dans toutes les écoles de Villeneuve d’Ascq. Les écoles porteuses de projets de jardins potagers pourraient être accompagnées transversalement par des agents municipaux. Des gens intéressants, formés au jardinage et à la biodiversité, qui pourraient aussi intervenir auprès des élèves, et assurer l’entretien des jardins pendant l’été… Bref, que la ville devienne moteur pour que ce genre d’initiatives puisse se multiplier ! »

Pourquoi avez-vous été sensible à la démarche de notre collectif ? Pourquoi la soutenez-vous ?

Thierry Ségard : « A la base, mon militantisme à moi, c’est mon travail, c’est mon jardin. Je n’aime pas les étiquettes, je n’appartiens à aucun parti. Ce sont les moules qui « adhèrent » ! Ce qui m’a amené à rejoindre le collectif, c’est clairement l’urgence climatique. Toutes les personnes que je connais, élues à la MEL ou à la ville sont trop timorées, trop molles sur le sujet. Je suis convaincu qu’il faut une vraie radicalité et qu’on ne la trouvera pas dans le paysage politique actuel, les sortants aussi bien que la plupart des candidats aux prochaines élections. C’est dans cet esprit que j’égrène mes idées au sein du collectif « Villeneuve d’Ascq 2020 : citoyenne, écolo, solidaire ».

"Moi, je n'aime pas les étiquettes, je n'appartiens à aucun parti. Ce sont les moules qui adhèrent !"

Les mesurettes individuelles, le zéro déchet, l’esprit colibri, j’avoue que ça m’agace : je veux qu’on mette les pieds dans le plat au niveau collectif, politique, et qu’on prenne des décisions radicales pour inverser la tendance et faire la transition écologique pour de bon. Un exemple : pour empêcher certains automobilistes de foncer à 70 à l’heure en pleine ville, les limitations de vitesse ne servent à rien. Il faut que ça devienne impossible d’« appuyer sur le champignon ». Donc il faut rétrécir les voies de circulation, et supprimer toutes les 4 voies urbaines à chaussées séparées ! Le bénéfice sera triple :  moins de pollution, plus de sécurité et de l’espace public rendu aux piétons, aux cyclistes et aux trottinettes. »

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